Les enfants exposés à la violence conjugale

L'enfant et la violence conjugale > Qu'est-ce qui peut influencer son vécu ? > La dynamique familiale

La dynamique familiale

[Références]

Point de vue de l’enfant

La littérature montre que l’enfant n’est pas un être passif mais un acteur actif et compétent dans la construction de ses acquis et ses pratiques sociales et qu’il est donc important de tenir compte de son point de vue (Réf.).

Afin de bien saisir l’impact de la violence conjugale chez l’enfant, il est important de comprendre que ce dernier est actif face à la situation, c’est-à-dire qu’il interprète les événements et tente de comprendre la signification de la violence (Réf.). Cette évaluation que fait l’enfant de la situation de violence conjugale influence les impacts de son exposition à celle-ci.

[ Haut de la page ]

sur ses relation familiales

La parentification 

  • La parentification amène à l'enfant de trop grandes responsabilités, souvent mal définies et non accompagnées du soutien de ses parents, ce qui peut lui faire vivre beaucoup de détresse (Réf.).
  • La parentification en situation de violence conjugale amène également une responsabilité supplémentaire à l’enfant, soit celle de faire cesser la violence.
  • L'enfant peut alors se sentir inadéquat et en venir à se blâmer face à la présence de violence dans la famille.
  • Plus l’enfant se blâme, plus il est parentifié et plus il est susceptible de développer des difficultés d’adaptation. 
  • Plus l’enfant est parentifié, plus il est à risque de souffrir de problèmes intériorisés tels que la dépression et l’anxiété (Réf.).

[ Haut de la page ]

sur la violence

Sentiment de menace 

  • Lorsque surviennent les épisodes de violence, les enfants tentent d’interpréter la situation et de comprendre la signification de la violence.
  • Ils peuvent alors percevoir la présence de violence comme étant très menaçante, ce qui risque d’entraîner beaucoup d’anxiété et d’intensifier leurs problèmes d’adaptation. 
    • Plusieurs études ont en effet trouvé que les sentiments de perception de menace sont associés à des risques accrus de développer des symptômes anxieux et dépressifs chez les enfants (Réf.) .
  • Le mécanisme par lequel le sentiment de menace mène aux difficultés de l’enfant est encore mal connu, mais l’une des hypothèses serait que la violence conjugale affecte la sécurité et le bien-être de l’enfant, qui deviendrait alors hyper sensible et hyper vigilant face aux signaux de violence. Le jeune vivrait d’importants sentiments d’anxiété et d’impuissance, ce qui provoquerait finalement l’apparition de problèmes d’ordre psychologique chez cet enfant (Réf.)




    Sentiment de blâme
  • Certains enfants peuvent se percevoir comme étant responsables des conflits et se blâmer face à la présence de violence au sein de leur famille. Les études concernant les liens entre le blâme ressenti et les problèmes vécus par les enfants arrivent à des constats différents.
    • Certaines études sont arrivées à la conclusion que les enfants se culpabilisant face à la présence de violence étaient plus à risque de développer des problèmes internalisés (symptômes anxieux et dépressifs) et externalisés (Réf.).
    • Une étude menée par Fortin et ses collaboratrices (2006) indiquait plutôt l’absence d’un lien direct entre le sentiment de blâme ressenti par l’enfant et ses difficultés d’adaptation subséquentes. Ces chercheures ont par contre observé que le sentiment de blâme prédit les difficultés d’adaptation de l’enfant par l’effet qu’il exerce sur la parentification. En fait, plus l’enfant se blâme pour la violence, plus il tend à être parentifié, ce qui augmente en retour ses difficultés d’adaptation (Réf.).

[ Haut de la page ]

Caractéristiques des parents

Attention!

  • La plupart des études sur la parentalité en contexte de violence conjugale et son impact sur le développement et l’adaptation des enfants ont porté sur l’impact des pratiques parentales maternelles sur ces derniers. Peu d’études se sont intéressées aux pratiques parentales des pères et à leurs impacts sur le développement et l’adaptation de leurs enfants.
  • Il se peut donc que certaines études aient conclu incorrectement que se sont les problèmes de la victime et non le comportement de son conjoint qui ont entraîné les problèmes des enfants.

 

Caractéristiques des pères 


Tout d’abord, il est important de rappeler que les hommes ayant des comportements violents exposent leurs enfants à la violence conjugale, ce qui constitue en soi une forme de mauvais traitement psychologique (Réf.).

  • Bien que peu d’études aient examiné la paternité en contexte de violence conjugale, les connaissances actuelles montrent qu’une plus grande proportion d’hommes ayant des comportements violents adoptent un style parental très autoritaire, ont des attentes inflexibles envers leurs enfants et se montrent coercitifs, c’est-à-dire qu'ils utilisent la force physique et verbale en tant que punitions (Réf.).
  • Certains hommes ayant des comportements violents n’exercent au contraire aucune discipline et adoptent une attitude permissive et même indifférente envers leurs enfants. Ils peuvent se montrer désintéressés et faire preuve de négligence à propos de leurs besoins (Réf.).

  • Ces derniers sont également plus fréquemment en colère, ont peu d’interactions positives avec leurs enfants, sont moins affectueux envers ceux-ci et peuvent se montrer insensibles aux expériences ou aux sentiments de leurs enfants (Réf.).

  • Les conjoints ayant des comportements violents peuvent aussi être manipulateurs et tenter d’influencer leurs enfants afin de modifier leur perception de leur mère et de leur vie familiale. Ils peuvent par exemple tenter d’influencer positivement l’image que les enfants ont d’eux, dénigrer l’autorité parentale de la mère ou encore affirmer aux enfants que leur mère est indigne de respect et ne sait pas s’occuper d’eux (Réf.).

  • Ceci risque d’accentuer le conflit de loyauté  des enfants et de leur faire vivre beaucoup de confusion (Réf.).

  • Des études portant sur les perceptions des enfants exposés à la violence conjugale ont également examiné la relation père-enfant.

    • Bien que les enfants exposés à la violence conjugale soient en mesure d’identifier des aspects positifs liés à leur relation avec leur père, ils considèrent plutôt cette relation comme étant empreinte de tristesse et de déception. Ces jeunes ont parfois de la difficulté à percevoir leur père comme étant une personne sur qui ils peuvent compter ou en qui ils peuvent avoir confiance. Ils se disent souvent soulagés par l’absence de leur père puisque cela signifie qu’ils ne seront pas exposés à la violence conjugale pendant cette période (Réf.).
  • Il est toutefois important de mentionner que certains pères ayant des comportements violents se perçoivent comme une source importante de soutien émotionnel pour leurs enfants et considèrent leur rôle de père comme étant de première importance. Plusieurs pères désirent en effet une relation plus proche et chaleureuse avec leurs enfants. Ces pères considéraient également leurs enfants comme une importance source de motivation afin de changer leurs comportements (Réf.).

 

Caractéristiques des mères

Attention !

  Il peut être très difficile pour les femmes victimes de violence conjugale d’exercer leur rôle parental. Bien que certaines d’entre elles puissent parfois avoir des comportements inadéquats envers leurs enfants, ces comportements sont souvent une conséquence de la violence conjugale subie. Il importe donc de les soutenir afin d’atténuer les conséquences attribuables à la violence, tant pour elles que pour leurs enfants (Réf.).

 

Fonctionnement psychologique

  • Plusieurs recherches ont permis de constater les impacts de la violence conjugale sur le fonctionnement psychologique des femmes qui en sont victimes(Réf.).
    • Lorsque ces femmes ont des enfants, leurs difficultés sur le plan psychologique peuvent affecter ces derniers. On retrouve en effet plus de problèmes internalisés et externalisés chez les enfants de ces femmes, comparativement à ceux des femmes n’étant pas confrontées à cette violence.


Habiletés parentales
  • Bien que les enfants exposés à la violence conjugale perçoivent positivement leur mère et l’identifient comme une importante source de protection et de soutien, les difficultés émotives engendrées par la violence subie par ces femmes peuvent faire en sorte qu’elles éprouvent davantage de difficulté à prendre soin de leurs enfants et à pourvoir à leurs besoins quotidiens(Réf.).  
    • Étant très affectées par la violence, ces femmes peuvent être plus stressées dans l’exercice de leur rôle parental et se montrer moins positives et moins constantes sur le plan de leurs pratiques disciplinaires(Réf.).
    • En présence de leur conjoint, ces mères peuvent se montrer soit plus froides ou brusques, soit plus  indulgentes ou permissives à l’égard de leur enfant. Cette inconsistance pourrait être une stratégie employée par ces mères afin d’éviter l’explosion de la violence et par le fait même protéger l’enfant(Réf.).



Relation mère-enfant 
  • La présence de violence conjugale ou l’impact de celle-ci chez la mère peut influencer, positivement ou négativement, la relation mère-enfant, ce qui peut avoir une incidence sur les répercussions de la violence pour l’enfant.
    • Les mères présentant des symptômes de détresse psychologique peuvent être moins disponibles émotionnellement et adopter moins de conduites de chaleur et de soutien envers leurs enfants. Celles-ci peuvent aussi interagir moins souvent avec leurs enfants. Ceci affecte la qualité de la relation mère-enfant et peut entraîner des difficultés d’adaptation chez l’enfant. En effet, moins la mère adopte de comportements positifs envers l’enfant, plus ce dernier risque de présenter des troubles de conduite, de l’anxiété ou de la dépression (Réf.).
    • Les enfants peuvent aussi interagir de façon moins positive avec leur mère, lui démontrer moins d’attention et être moins proches de celle-ci (Réf.).

  • Des études permettent par contre de constater que certaines mères victimes de violence ont de meilleures relations avec leurs enfants que les mères ne vivant pas cette violence.
    • Ces femmes seraient plus attentives, empathiques, chaleureuses et sensibles face à leurs enfants. Elles adopteraient plus de pratiques de soins et de protection à l’égard de leurs enfants et éviteraient davantage les stratégies négatives pouvant nuire à l’estime de soi de leurs enfants (Réf.).
  • Une bonne relation mère-enfant étant un important facteur de protection, ces mères contribuent ainsi à la bonne adaptation de leurs enfants. Les facteurs les plus protecteurs pour l’enfant à l’intérieur de la relation mère-enfant sont les conduites maternelles de soutien et de chaleur, la constance dans les pratiques éducatives et la présence d’un environnement familial structuré (Réf.).

  •  

    Stratégies d’adaptation 

  • Si certaines stratégies d’adaptation des mères contribuent au mieux-être des enfants, d’autres stratégies pourraient exercer une influence négative sur l’adaptation des enfants.
  • Les conduites maternelles d’évitement, soit l’adoption d’une attitude consistant à éviter d’affronter le problème de violence conjugale, sont associées à plus de délinquance et d’agressivité chez les enfants. Ce résultat peut être interprété de deux différentes façon :
    • l’enfant voit dans les attitudes de sa mère une autorisation à réagir agressivement; 
    • face à l’inaction de sa mère, l’enfant décide de réagir à sa place (Réf.).
  • Les stratégies d’adaptation axées sur la recherche de soutien, où la mère se confie et espère recevoir de l’aide de la part de son entourage, sont quant à elles associées à plus d’anxiété et de dépression chez l’enfant.
    • Ce résultat peut indiquer que l’enfant voit dans cette recherche de soutien une confirmation de la vulnérabilité de sa mère ou une indication que ses parents risquent de se séparer. L’enfant pourrait alors devenir plus inquiet, particulièrement lorsque sa mère parle de ses problèmes en sa présence (Réf.).

Attention !

Ceci ne signifie pas qu’il est préférable de ne pas rechercher de soutien de la part de son entourage. Il est important de comprendre que même si cela peut entraîner de l’anxiété chez l’enfant, le fait de continuer à être exposé à la violence entraîne également des conséquences importantes.

Ces résultats permettent de constater l’importance d’aider et de soutenir non seulement les mères victimes de violence conjugale, mais également leurs enfants, ainsi que l’importance d’avoir un bon réseau d’aide entourant la mère et l’enfant. Celui-ci doit être accueillant et aidant afin d’assurer la meilleure protection et le meilleur soutien possible.

*Des recherches supplémentaires sont nécessaires afin de documenter les stratégies maternelles positives permettant de mieux de protéger les enfants et d’atténuer les impacts de l’exposition à la violence conjugale chez ces derniers.

[ Haut de la page ]

© CRI-VIFF 2009 - Conception : Centre APTI
Panneau d'administration